Jusqu’à la fin du XIXème siècle, le modèle familial qui a prévalu dans le monde en général et dans le monde rural occidental en particulier, a été celui de la famille dite « traditionnelle » ou « élargie », unie par le mariage indissoluble, un mariage qui unissait deux familles préexistantes. Plusieurs générations y vivaient sous le même toit, les époux, leurs enfants, leurs parents et souvent aussi leurs grands parents. Les mariages étaient souvent arrangés par la famille, la mère travaillait au foyer, le père exerçait l’autorité dans les relations quotidiennes, et les enfants apparaissaient comme une bénédiction, apportant leurs bras à l’économie familiale, et assurant l’avenir de ce groupe humain. Il faut observer que la fréquence des décès étant grande, et le remariage du survivant fréquent. Il n’était pas rare alors qu’un homme ait successivement plusieurs épouses et que des enfants de plusieurs lits cohabitent, avant que les aînés orphelins soient éparpillés parmi d’autres membres de la parenté.
Ce modèle de la famille traditionnelle à l’ancienne a commencé à reculer avec les progrès de l’industrialisation, la migration vers les villes, et les obligations de la vie urbaine. La famille a commencé à se réduire, dans les villes, aux seuls époux et à leurs enfants. Mais cette famille plus réduite n’en restait pas moins traditionnelle, sur le plan de l’union des époux, de l’autorité paternelle, du travail au foyer de la mère, et de la présence de plusieurs enfants. Quand on se réfère aujourd’hui à « la famille traditionnelle », c’est en fait à cette forme déjà moderne de la famille, nucléaire, qu’on se réfère, la vraie famille traditionnelle, élargie, avec son autorité patriarcale et ses mariages régis par cette autorité ayant disparu depuis longtemps. Cette « famille traditionnelle moderne » va de la fin du XIXème siècle jusqu’en 1960. Elle a connu son apogée immédiatement après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, avec des mariages particulièrement précoces et nombreux (seule une personne sur dix née dans la génération 1945-1950 n’était pas mariée). L’indice conjoncturel de fécondité était alors de l’ordre de trois. L’institution familiale apparaissait comme stable et féconde, d’autant plus stable que le nombre des divorces était onze fois inférieur à celui des mariages, et que régnaient une nette division et une nette complémentarité des rôles entre les sexes. Madame était au foyer, et Monsieur gagnait le pain.
La période 1965-1975 amène une cassure dans ce modèle familial jusqu’alors stable et solide, avec l’évolution des idées qui la marque, sur le mariage, la sexualité, les rapports parents-enfants. Face à ces changements de valeurs mais aussi aux transformations économiques et démographiques, la loi s’est adaptée : successivement la contraception, puis l’avortement dans certaines conditions sont déclarés légitimes, et l’autorité est reconnue aux parents et non plus aux seuls pères.
Que cela soit à Stockholm, San Francisco, Bombay, Mexico City ou Nairobi, les pressions de la vie moderne placent la famille dans une situation toujours plus difficile, affaiblissant sa stabilité, réduisant sa dimension, changeant sa configuration, et posant question sur la façon dont elle pourra continuer à l’avenir sa mission de cellule fondamentale de la société.
Ces évolutions sociologiques et législatives se manifestent dans les faits par une diminution du nombre des mariages, une augmentation du nombre des divorces, de l’union libre et des familles monoparentales, une diminution du nombre d’enfants par femme, et un vieillissement global des populations. La famille apparaît aujourd’hui toujours davantage en crise.