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Réserver le mot « famille » à ce qui l’est réellement

Les philosophes, et tout particulièrement les philosophes contemporains qui se sont posé la question de la famille, en ont clarifié le concept sur le plan phénoménologique, anthropologique et éthique, sans qu’on puisse les accuser de « collusion » avec l’Eglise sur ce point. Leur témoignage est donc essentiel. C’est le personnalisme qui a peut être fait le travail le plus riche à ce point de vue, en contraste avec les positions des traditionnalistes, des marxistes et des anarchistes. Emmanuel Mounier, Gabriel Marcel, Jean Lacroix, avec chacun des accents différents, nous ont fait comprendre que la famille était le lieu où se vivait au plus haut degré l’amour humain sous toutes ses formes. Le « sens » de la famille est donc d’être un « foyer d’amour », « le lieu même de la parfaite réciprocité » (Jean Lacroix [1]). Ces mêmes penseurs nous ont aussi fait comprendre la place essentielle de l’enfant dans la famille: « L’enfant n’est pas exactement le but ou la fin du mariage » disait Jean Lacroix « il en est l’idée incarnée » [2]. Toutefois, la famille ne remplit vraiment son rôle que si elle éduque l’enfant, c’est-à-dire l’ouvre aux valeurs, et d’abord à l’amour et au don de soi. « L’éducation des enfants, c’est la famille se faisant », conclut Lacroix, ce qui laisse du reste une ample place à l’imperfection dans cette éducation. On pourrait résumer cette enquête en disant que la famille est le lieu où se vit au plus haut degré l’amour humain sous ses trois formes (physique, affectif, spirituel) et où l’être humain est engendré biologiquement et humainement (formation, c’est à dire humanisation, éducation aux valeurs).

Une telle définition permet d’éliminer ce qui n’est pas famille mais voudrait se faire passer pour famille.

Dans la confusion actuelle engendrée par la crise du mariage et la fréquence anormalement élevée des divorces certains auteurs, et non des moindres, en viennent à admettre que, puisque l’histoire a montré qu’il y avait différents modèles possibles de famille, il n’existait pas une « vérité absolue » sur la famille, et même qu’il n’y avait aucune vérité en ce domaine: tout type de groupement humain se définissant par une certaine pratique sexuelle pourrait selon eux prétendre au titre de famille. Il suffirait que le groupe humain en question le proclame, et que ses mœurs ne mettent pas en danger les autres types de groupements humains: on acceptera donc les groupes homosexuels et on parlera même de leur confier des enfants à éduquer, mais on continuera à pourchasser ceux qui pratiquent le viol en groupe ou les pédophiles et pédérastes. Nous sommes dans ce domaine en pleine contradiction, et en plein subjectivisme.

Il est très clair, d’après tout ce qui vient d’être exposé qu’on doit réserver l’usage du mot « famille » à ce que ce mot a toujours désigné, c’est-à-dire l’union d’un homme et d’une femme, monogame, fondée sur le mariage, et ouverte sur la procréation et l’éducation des enfants. Il ne peut y avoir de « famille homosexuelle » parce que ce « modèle » va contre une des valeurs importantes de la famille qui est celle de la chasteté. Selon cette valeur les unions homosexuelles sont perçues comme des déviations, répondant à un bien partiel (recherche du plaisir des sens), mais non au bien principal du mariage (l’auto-donation réciproque physique, affective, spirituelle) lié à la différence et à la complémentarité des sexes. Dans l’homosexualité un des partenaires joue en fait le rôle du sexe opposé, ce qui peut l’amener à nier physiquement son propre sexe, une autre forme de ne pas s’accepter dans sa propre identité. Cette contradiction va contre un des biens de base, qui est celui de l’équilibre psychosomatique. De plus l’homosexualité est stérile ce qui enlève toute sa dimension procréatrice et éducative à l’amour des conjoints. L’argument des couples stériles n’en est pas un, puisque la stérilité est un mal que l’on constate secondairement, mais qu’on ne saurait choisir délibérément. Quand à la demande de certains « couples » homosexuels de pouvoir adopter des enfants, on doit lui opposer un veto formel en raison du bien suprême de l’enfant, de son droit à une véritable famille, à un père, une mère et des frères et soeurs.

Il ne peut y avoir de « famille monoparentale », puisque ce qui fait la famille est l’auto-donation réciproque: il y a certes des cas malheureux de personnes, veuves ou divorcées, devant s’occuper seules d’un ou plusieurs enfants, mais il s’agit là de situations acquises, et non voulues. Ce qui a été dit de l’essence de la famille fait que le mot, à strictement parler, devrait être réservé aux unions monogames. Le « modèle polygamique » existe, certes, mais répond de façon bien plus imparfaite que le modèle monogamique aux différentes valeurs familiales puisque l’amour d’auto-donation réciproque ne s’y réalise que très imparfaitement et que les époux ne peuvent être sur pied d’égalité.

Les « familles recomposées » sont de véritables familles, mais réalisent un modèle bien imparfait vis-à-vis des valeurs familiales: la famille est, à la base, fondée sur un échec de l’amour puisqu’il y a eut mariage, échec et divorce au moins d’un côté. La parfaite égalité des enfants entre eux n’est pas réalisée, et l’épanouissement des enfants se fait mal, surtout pour les plus grands qui ont vécu le traumatisme du divorce.

L’ « union libre » peut réaliser effectivement une famille vraie, dans la mesure où les partenaires se donnent l’un à l’autre sans restriction de durée, et ont un projet réel de vie commune et d’accueil de la vie. Mais la fidélité est, nous l’avons vu, bien plus difficile à maintenir, puisqu’elle n’est basée que sur la volonté des partenaires.

[1] J. Lacroix, Forces et faiblesses de la Famille, Paris, Seuil, 1975, pp.63-64.

[2] J. Lacroix, « Nature et sens de la Famille », in La famille - un défi face à l’avenir, Fribourg, Editions Universitaires, 1982, p.103